Pascale Fournier
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Texte lu par Pascale Fournier lors du concert d’improvisation de Jean-Luc Guyard - Musée des Avelines - 6 février 2010

Le but ultime de l’œuvre est de toucher , de briser ne serais-ce qu’un instant on dit la glace, comme si nous étions pris chacun au cœur d’ un iceberg ! d’atteindre ce monde obscur et lointain qu’est l’autre.
Envols, envol des images, envol des notes vers chacun de nous, envol des mots.
Les œuvres ont leur vie propre.
Mystérieuse pour celui qui regarde, mystérieuse aussi pour l’artiste.
Elles parlent .
Parlent entre elles de couleur à musique, de forme visuelle à forme sonore
Le concert d’improvisation de Jean-Luc Guyard inspiré des œuvres de Pascale Fournier, est composé de trois parties. Genèse, Envols, Synthèse.

La première partie intitulée Genèse, est inspirée des peintures et des matières calcinées.
Ces grands tableaux datent de 2004.
A cette époque l’artiste investit un atelier nouveau, neuf et donc vide.
La nature a paraît il horreur du vide !
Je me lance à corps perdu, le saut dans l’espace, le saut de l’ange, les projections du haut de l’ échelle sur de grandes toiles déroulées a même le sol, du trapèze volant, de la haute voltige, je me sers frénétiquement de tout ce qui me tombe sous la main : terres, sables, pigments, couleurs
Le cercle, la boule ordonne ce chaos, l’organise .
Le contient comme des bras, comme les ailes plus tard, cellules ou planètes, infiniment grand ou infiniment petit c’est la même énergie pure qui est montrée, prête a exploser prête a s’envoler.
C’est la série des planètes.
Le Big-Bang va donner naissance à des formes humaines, comme sorties du ventre de la terre , brûlées mais debout, étonnées mais en marche, sans bras mais ensemble. Je dirais même bienveillantes.
Ces personnages de terre cuite brûlés, ou de bois calcinés viennent stopper l’Envol.
Comme si se brûler les ailes était un passage obligé. Passage par la destruction. Toucher le fond pour mieux prendre son élan, pour prendre son envol.
Ces personnages calcinés sont ensemble, mais on les voit murés , enfermés. Ils n’entrent pas en relation.
Ils n’ont pas encore la parole.

La deuxième partie du concert est intitulée Envols.
Avec les Envols l’artiste après un passage par les Grands Oiseaux Blancs, le Blanc nécessaire pour la laver de ses brûlures, de toutes ces calcinations, pour l’arracher à ces mondes sous terrains et délavés, la faire renaître de ses cendres, l’artiste retrouve la couleur avec le mouvement et des ailes ont poussé.
Elle retrouve l’extérieur, le plein jour, le grand air, le plein air. 
Il était important pour moi que ces sculptures puissent se confronter à l’espace extérieur, puissent vivre dans les parcs, les jardins, l’espace urbain.
L’artiste retrouve aussi la parole.
Ces oiseaux interfèrent entre eux, semblent s’interroger, nous interroger, s’étonner, commenter.
Quand j’ai entrepris mon travail sur les grands oiseaux, je pensais à l’armée de terre cuite de l’empereur Qin 221-206 avant J-C), les guerriers du Xi’an. Trente années et 700 000 personnes ont été nécessaires pour l’édification des soldats de la nécropole, hauts de 1,70 m tous identiques et tous différents.
Le moulage me permet de répéter, multiplier la forme.
Mes oiseaux identiques sont différents par la couleur, par le mouvement, par la manière dont ils prennent place dans l’environnement.

En guise de conclusion et d’ouverture sur la troisième partie intitulée Synthèse, ces magnifiques vers du grand Charles Beaudelaire dans les Fleurs du Mal.
extraits des Correspondances

La Nature est un temple ou de vivants piliers
Laissent parfois passer de confuses paroles
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.



Pascale Fournier
6 février 2010

Pascale Fournier

On se trouve face a un univers de représentation qui semble couler de source, nullement entravé par les différents supports, et qui est d'une réjouissante spontanéité.
Sa main se déplace sans aucune hésitation, hors de quelconques conventions culturelles, obéissant à un sens très sûr d'harmonie, libéré de toute tentation de censure par sa propre pensée.
Dans ces conditions, la céramique devient une matière extrêmement maléable, familière, dans laquelle l'artiste modèle des objets, projections tangibles d'une imagination éveillée.

Ce sont des assiettes, des bols, de pots. Leur usage nous est bien connu, mais on ne peut pas éviter de songer à les détacher de leur fonction, pour les percevoir comme partie intégrante d'un projet beaucoup plus vaste, porteur d'un plaisir des sens, magnifié par la texture , la couleur et un graphisme qui semble pouvoir se multiplier sans limites.

Chaque pièce est unique et neuve, et pourtant celui qui s'attarde sur elles est frappé par la certitude qu'elles ont toujours existé, sentiment qui accompagne souvent les oeuvres conçues hors du souci du temps.
La beauté est ici simple et évidente.
Nous sommes donc prêts a l'apprécier, libres de toute référence.



Rolando Païva/Artiste
4 février 1996

Encres

Ce texte de l'artiste a été dit à l'occasion de l'exposition "Encres", présentée à la Galerie de l'Institut Français de Bratislava en octobre 2000, par Michel Gies.

« Si je dessine un arbre, une pomme, un personnage, même imaginaires, l'objet ou l'idée me préexiste, c'est-à-dire existe en dehors de l'acte même de représenter. Mais là... chaque geste, chaque trait, chaque touche de couleur est remontée à la surface à la force du poignet !! Depuis 2/3 ans, je travaille avec le papier de chine véritable matières au même titre que le bois ou la terre que je travaille aussi par ailleurs. Ce papier se prête parfaitement à cet exercice périlleux.

À la fois fragile, tout marque, rien ne peut être effacé, mais il supporte tout : l'encre, l'eau, la peinture, l'huile, les pigments, le crayon... il résiste à tous les traitements, les coups de plume, de pinceaux, la déchirure, le froissage, le collage... mais il est parfois au bord de la désintégration, en situation de danger extrême et m'oblige alors à plus de lenteur, de raison !!! Rien ne peut être effacé mais j'ai développé peu à peu une technique qui me permet de tout reprendre, remodeler, recomposer jusqu'à l'apparition des surfaces intimes... Intimes parce qu'elles ne devraient en fait pas exister, mais justement elles existent. L'oeuvre existe. »

Envols


C'est la première fois que ces oiseaux blancs, réalisés entre juin 2006 et janvier 2007 à Antony sont exposés aux regards. Ils étaient jusqu'ici jalousement gardés par leur créatrice, Pascale Fournier, qui pour mieux les avoir à l'oeil les avait tout simplement installés dans....son jardin. Histoire de voir comment ces oiseaux-hommes, ces oiseaux-femmes, ces oiseaux-enfants, ces oiseaux-anges dont la taille varie de 1,70m à 1,20m se comportaient dans le froid, sous la pluie, au soleil. Les saisons ont passé, ces oiseaux-humains faits de grès chamotté ont montré leur formidable capacité de résistance. Ils sont auourd'hui prêts pour le voyage. Un voyage qui commence ici, sous vos yeux, aux Tuileries. Profitez-en, ils ne seront là que quatre jours.
Comme les oiseaux migrateurs, ils partiront ensuite vers d'autres destinations. Saint-Cloud d'abord où si vous les guettez, vous pourrez les aperçevoir lorsqu'ils se poseront quelques semaines au Musée des Avelines entre le 16 janvier et le 2 mars 2010.
L'Uruguay, ensuite, où leur atterrisage est prévu courant 2010. Le lieu est déjà connu. Ce sera Punta del Este, dans l'immense parc de Cerro Timbo, la maison du collectionneur et mécène argentin Carlos Abboud, aux côtés d'autres sculptures d'artistes-amis : Antonio Segui, Par Andréa, Mario Gurfein, Jacques Bedel. Mais d'ici là, ils auront encore grandis. Pascale Fournier les imagine déjà, habillés peut-être, en couleur vraisemblablement, et dotés d'une taille spectaculaire pouvant aller jusqu'à 8 ou 10 mètres, de façon à ce qu'ils ne se sentent pas perdus dans l'immensité des paysages d'Amérique Latine. L'Amérique Latine, c'est la seconde patrie de l'artiste qui pour y avoir été tellement souvent depuis trente ans se sent a Buenos-Aires comme chez elle.

Regardez les donc attentivement, ce oiseaux-là, avant qu'il ne s'envolent. Ils s'offrent a vous. Blancs, nus, sans défense. Mais vivants, si vivants, alertes, curieux, bavards, comme surpris en pleine conversation. Faites silence. Tendez l'oreille, écoutez les secrets qu'il vous murmurent. Peut-être alors comprendrez-vous qui ils sont et ce qu'ils sont venus vous dire.

Après des études d'histoire et d'archéologie a l'université de Nanterre Paris X, puis des cours de scénographie aux Arts Décoratifs, Pascale Fournier a longtemps travaillé comme créatrice de costumes pour des auteurs et des metteurs en scène aussi réputés que Patrice Kerbrat ou Yasmina Reza tout en menant une carrière de peintre, de photographe et de sculptrice. Les oiseaux ont toujours été un thème central de son travail d'artiste. Oubli de la pesanteur, arrachement au sol, aspiration vers le haut.....Ils nous emmènent vers le meilleur de nous-même. Ils sont notre autre voix. Notre voix intime. Celle que nous n'écoutons pas assez souvent. Notre autre "je".

Virginie Le Guay
Journaliste
Paris-Match

Au commencement était le trait...

Tracé sur la feuille
vierge des appels
les nôtres
René Char

Au commencement est le dessin.
Cet enfant qui ouvre les yeux sur le monde, le perçoit en masses indécises, dès qu'il peut, il l'ordonne et le chérit. Pour voir ce qu'il commence à voir, pour vivre, l'enfant dessine. L'émotion que nous ressentons à la vue de certains dessins remonte de cette envie de conquête : l'artiste donne un ordre à l'angoissant désordre, un sens à l'informe, à ce qui serait pour rien sans lui.
Pascale Fournier ne peint plus de dessins d'enfant et pourtant ses encres récentes renvoient à l'enfant révolté et sauvage qu'elle n'a jamais cessé d'être. Chacune de ses encres, en noir ou en couleurs multiples, jetées sur le papier japon d'un geste généreux, déroule les pages de son journal de bord.
Le spectateur attentif, sans être indiscret, ne peut qu'être saisi devant un tel élan de vérité, un tel état de grâce qu'il en demeure muet. Que dire, sinon jouir en silence d'une telle quête de souveraineté ? On sait le prix de la liberté de l'artiste, a fortiori lorsqu'il s'agit d'une femme.

Mais comment pourrait-elle faire autrement ? Il y a du Rimbaud fuyant Charleville dans les jeunes femmes qui s'envolaient par le toit des maisons de certaines des céramiques de Pascale Fournier. Le bouillonnement indigné du jeune poète devant le résignement des « assis », voilà de quel bois se chauffe notre artiste. Un bois sec qui pétille et craque dans l'âtre en faisant naître une flamme chaude et claire. Le bois, c'est elle bien entendu.

Pourtant, partie pour les nuages, elle ne s'est séparée, ni de la raison, ni des éclats fulgurants de l'amour quand il lui fut donné de l'apercevoir. Ces encres sont éternelles comme des peintures à l'huile.

Ce qui m'attache à cette œuvre, c'est d'abord la présence de cette liberté première. Peignant labyrinthe après labyrinthe l'artiste faisait semblant de développer son œuvre dans le sacrifice des renoncements. Et soudain, elle débouche sur la lumière.

Après ces longs hivers fertiles de préparatifs jaillit le cri printanier de l'oiseau. Jouissance longtemps retenue, épanouissement et découverte.
Encre de sang et de larmes. La vie coule à gros bouillons à travers le pinceau chargé. Le trait mord le papier profond qui ne tolère ni hésitation, ni repentirs. L'intensité du trait, sa sûreté, comment l'expliquer sinon par cette longue retenue, ces sacrifices et ces souffrances ? voici venir le temps de la moisson. Ces grandes feuilles sont les traces d'un combat. En sortant de l'atelier, en les offrant au public, l'artiste se dévoile. La pointe chargée d'encre se lance et saisit comme au lasso le parfum des pommes et des poires d'un jardin de curé d'Île de France.

Éblouissement.
L'ange tombe par la lucarne.
Dans la chambre qu'inondait la clarté de la lune
Il battait des ailes au-dessus du lit
où gisaient deux corps enlacés
Il sentit du pied qu'il les avait unis
Pus s'en alla par le même chemin.
Plus tard, on entendit le murmure d'une fontaine.

Ces fruits sont des morceaux d'étoiles tombés du firmament. Ils sont lourds des reflets de la lune. Saveur des lignes qui ne retombent jamais, tel un souffle avant l'orage dans l'étreinte durable. Ces encres nues disent aussi l'émerveillement devant l'évidence du quotidien. La porte doucement poussée, un sentiment rare et bienfaisant envahit le visiteur : « voilà, c'est ici ». Le peintre nous prend par la main et nous emmène dans l'atelier de ses rêves. Il nous accorde cette confiance inouïe de se livrer à bout portant. Il donne tout. Il ne demande que notre regard et notre attention. Va-t-on lui refuser ?

Comme le monde serait simple s'il n'avait que la largeur d'un visage ! L'exemple de Matise nous rappelle quelle fraternité entre le trait et les êtres peut combler notre attente. Dessiner tranquillement face à l'ouragan et à la mort. Alors cette silhouette entre-aperçue dans la nuit tiède d'un été ne sera plus une illusion. Le peintre l'a saisie et l'offre à notre contemplation. Ayons la candeur de l'enfant pour entendre le cri de l'oiseau.

Michel Anthonioz/Arte

Les Natures Ethérées de Pascale Fournier

Pascale Fournier a su imposer au fil du temps une certaine « conception », un certain « état » de l'être. Après avoir travaillé comme comédienne et scénographe, ­ on la croise avec Sevasticoglou, Voutsinas, Mesguich, Boutté, Kerbrat ­, Pascale Fournier découvre l'univers sud-américain au moment de l'éclatement des dictatures.

Le choc de cette rencontre insuffle à son art, qui désormais passe par l'extériorisation graphique ­ Pascale Fournier, sous le nom de PAKO, fait ses débuts comme plasticienne ­, autant ce sens de l'infini borgésien issu des pampas « aux confins du monde », que cette miniaturisation culturelle imposée par la mosaïque ethnique de ses capitales, Buenos Aires, dans laquelle Pascale Fournier séjourne longuement. Entre ses mains, les matières deviennent céramiques, marionnettes, figurines de bois qu'elle attelle ­ tout matériau prend corps, émerge, empruntant des figures inspirées du grand Sud américain. On la retrouve alors avec des artistes comme Antonio Segui, Mario Gurfein, matérialisant chacun à leur manière un courant de cette culture, désormais Argentine.

Elle se réfère aussi à Gina Pellon, Rolando Païva. Les ancêtres de ses « natures éthérées » naissent alors, femmes sans têtes navigant dans un univers intermédiaire. Aujourd'hui elles s'offrent à nous, achevées, formes tri lobes dans les tons célestes, épurées, pacifiées.



Immatérielles dans le matériel elles sont à la recherche d'un ordre ou d'un sens de circulation, parfois ordonnées et concentriques, animées d'un rythme lent, parfois émergentes elles se libèrent d'un substrat ­ ou à l'aide de leur bec-embout, extrémité enfin conquise, elles se ravitaillent au sol pour un lent décollage.

Dans tous les cas on les sent, en l'absence d'orifices ­ œil, oreilles, bouches ­, porteuses d'une énergie intériorisée. Aveugles à la recherche de lumière, sourdes d'une propulsion géométrique, leur transparence laisse supposer une communication par l'enveloppe. Secret de ces formes closes et ouvertes, lisses et rugueuses ­ immobiles et préhensibles, mobiles et fugaces, reproductives, comme nommables, à l'infini ­ « feuilles » ou « oiseaux », « poissons », elles s'apparentent aux « noumènes » dantiens.

Avec ces « Natures éthérées » Pascale Fournier clôt un cycle. Creusant le substrat elle nous offre maintenant, en pleine matière, les boules à feu et à sang d'un cheminement d'art dans lequel nous souhaitons la suivre.

Thérèse Fournier/Ecrivain