
Pascale Fournier :
de Primordiale à Essentielle.
« Le Primordial, tout comme les arts premiers, demeure
essentiel »*
Cette phrase s’applique à merveille à
l’œuvre de Pascale Fournier - œuvre non
rêvée qui s’image dans les mythes de
l’artiste.
Voici une œuvre qui ne pêche pas par
excès de figures.
Dans un premier Tempo, 1990-1998, le Personnage est le Corps. Un corps
de femme, schématisé à
l’extrême ( robe, bras et jambes), dans ce paravent
de bois peint, datant des années 1990, qui traverse en chute
libre des espaces tous ressemblants, carré vert dans lequel
officie l’homme en noir, carré vert pour la maison
à toit pointu, isolé le totem, toujours
dressé, dans lequel on reconnaît des formes
d’oiseaux déclinées tout au long de
l’œuvre comme les « natures
éthérées ».
Corps génériques dans ces encres sur papier de
1994, repris dans la série très
colorée de gouaches sur papier, animés de
mouvements pendulaires ou vrillés, corps en morceaux, ou
morceaux de corps - d’inconscient ? - coagulés
dans la céramique peinte de 1995, « Le fond de la
mer estait insondable comme le fond de mon/son cœur
».
A partir de 95, donc, une femme aux bras-nageoires domine les
céramiques peintes, émerge du toit de la maison
à toit pointu - dressée sur un rocher elle
regarde s’éloigner un paquebot. Dans tous les cas,
lourde et acrobate, immobile et mouvante on la sent, avec ses yeux
clos, centrée sur elle-même.
En 1997/1998, dans cette série de dessins en technique mixte
sur papier marouflé, ces corps, très
stylisés, acquièrent un sexe alors que le flot de
formes simples, de « morceaux de quelque chose »
échappés d’un cahier de croquis, en
apesanteur tous à la fois, ou isolés sur des
assiettes en céramique peinte se déverse.
En 1999, un couple sexué se prélasse sur des
« encres sur papier », alors que les corps
continuent leur chute et que l’artiste, dans le
réel, change d’atelier - elle mettra quatre ans
à se créer un nouveau lieu.
L’artiste exécute alors des petits formats
colorés et mobiles, proches de miniatures, encres sur
papier, encre de chine, crayons de couleur, plume et aquarelle,
qu’elle exposera dans les Instituts Français
d’Autriche et de République tchèque
sous le titre « Surfaces intimes ». Ainsi
parle-t-elle, à son image, de ce papier sur lequel elle
travaille : « à la fois fragile, tout marque, rien
ne peut etre effacé mais il supporte tout… il est
parfois au bord de la désintégration…
il faut alors reprendre, remodeler, recomposer… ».
C’est dans cette dernière opération
qu’apparaissent ces « surfaces intimes »
sauvées du chaos de la création.
Fin 2002 l’artiste récupère son atelier
: « je vis cette période comme une naissance, le
cri primordial et libérateur. Je me jette (et jette) la
couleur avec joie, extravagance et folie. Je n’ai plus peur.
Je dis. Je crie. J’affirme. J’invente. Je
n’ai plus de temps à perdre »
Dès 2002, donc, éclipse de la forme et
excès du trait qui éclabousse la toile, la
traverse sans ordre ni direction, dans une simple jubilation
d’énergie et de couleurs primaires. Dans ces
« projections éclaboussées »
l’artiste se mesure avec les grands formats.
Ainsi, alors que dans un premier Tempo ( 1994-1998), la
matière est au service d’un sens directement
décryptable et l’artiste soumise à son
ordre ( femmes à nageoires et fragments d’objets),
on assiste, dans le second Tempo (1998-2004) à une
libération : la matière impose son rythme et
informe la toile d’éléments simples :
traits éclaboussés, puis cercles ronds ou
« boules » qui renvoient aux formes primordiales et
féminines (matrices, fœtus, « cycle
» de la vie).
On ne peut manquer de penser à la trajectoire graphique de
l’enfant, dès qu’il sait tenir un crayon
: rond trait -, puis rond hérissé de traits, pour
figurer le « moi ».Bientôt le cercle se
dissocie en tête et corps - c’est le
début de la réaction en chaîne de la
représentation du « moi », son
apprivoisement.
Alors que le moi émergeait en s’imageant dans des
figures convenues et contraignantes - quoique modifiées et
scénographiées -, l’artiste signa
« Pako », puis « Paco » Puis il
y eut régression dans l’ordre de la
représentation ce qui signifia, en termes artistiques,
maturation : le moi se libéra du carcan convenu
pour retrouver l’expérience fondatrice de la
matière et du rythme - Pako-Paco devint, de son nom de jeune
fille, « Pascale Fournier ».
De tempo en tempo l’artiste nous livre les détails
d’un parcours artistique et nous initie à son
alphabet mythique, bruissant de couleurs et de rythmes. De Primordiale
à Essentielle, nous suivons Pascale Fournier dans son
parcours, brûlants de découvrir ses
œuvres à venir.
Thérèse Fournier (écrivain) **
* « L’homme descend du songe » Pierre
Lembeye. Buchet-Chastel. Janv.2005.
** "L'olivier bleu " JC Lattès Août 1996,
" 2028" Scali Juillet 2006.